






Le tout sans paroles, grandiose, monumental, touchant
De véritables jeux musicaux de lumière
Le pianiste Harry Kulzer fait de "Metropolis" par Fritz Lang un concert de
cinéma et enthousiasme le public à Dachau.
L'UFA avait investi 5 millions de Reichsmark dans la production de "Metropolis"
par Fritz Lang. A l'époque, en 1927, l'œuvre échoua. 80 ans plus tard, au
"Ludwig Thoma-Haus" de Dachau: standing ovations dans une salle comblée, des
cris "bravo!", des pieds qui tambourinent. Pour "Metropolis". Mais surtout
pour Harry Kulzer. Le compositeur et pianiste munichois réussit à donner au
film muet une nouvelle forme d'expression, qui va bien loin au-delà d'un simple
fond sonore. Il ne serait pas exagéré de dire que Harry Kulzer interprète
Fritz Lang. Jusqu'au plus petit détail il adapte au piano les scènes soigneusement
chorégraphiées. Le thème essentiel de "Metropolis" s'étend à travers cettte
œuvre monumentale dans toutes sortes de variations.
Au début, le film de Lang dura à peu près 4 heures. La version qu'a vue le
public de Dachau a été raccourcie à la longuer d'un téléfilm. Selon Bernd
Privert de l'association Seegras Lichtspiel, elle rend tout de même une très
bonne impression de l'œuvre originale, en particulier des visions architecturales
incorporées par les constructions mégalomaniques et modernes du film. Le monde
de Metropolis, une mégapole fort technicisée, est divisé en deux: au-dessus
l'idylle d'une petite caste de bourgeois hédonistes dans laquelle Freder Fredersen,
le fils du maître de Metropolis, joue au chat. La description de cette ambiance
s'accompagne de discrets emprunts au romantisme, de lumineux accords de mode
majeur pétillent des doigts de Harry Kulzer.
Dans les profondeurs du sous-sol le monde des ouvriers. Un enfer encrassé
dans lequel des armées d'esclaves habillés en noir sont forcés faire marcher
des machines dont le sens ne se leur révèle pas. Le halètement des pistons:
des suites de notes de basse répétées de manière sourde dans un staccato mécanique.
L'agitation et le bruit des salles de machines: des dissonances glissées avec
précipitation. De temps en temps, la vapeur est lâchée des chaudières avec
un trémolo clair. Quand l'eau envahit les quartiers des ouvriers, les sons
bouillonnent en tant qu'accords dissouts, les débris des façades tombent dans
l'abîme, accompagnés d'un tonnerre de cascades sonores. Toutefois, ces effets
sont loin d'une simulation naturaliste. Mais c'est bien cette interprétation
artistique excessive qui fait le charme, l'originalité et le miracle de cette
soirée. Et ce n'est qu'ainsi qu'il est compréhensible qu'un film âgé de 80
ans, qui est parfois déjà un peu flou et qui est accompagné de la musique
d'un piano, soit en mesure d'impressionner un public habitué aux animations
digitales réalistes, aux effets de Dolby Surround et aux travellings casse-cou.
Ici, le cinéma est ramené à son fond: un cinématographe avec une musique qui
fait ressortir la structure et les motifs du film.
En même temps, cette soire de deux heures devient une démonstration impressionnante
de ce que la musique peut exprimer. L'étincelle de l'amour de Freder quand
il aperçoit Maria, la jolie fille d'un ouvrier ou bien la fureur folle de
l'inventeur Rotwang. Le tout sans paroles. Grandiose, monumental, touchant.
Gregor Schiegl










